Ewillane

Jouez la carte de l'imagination !

Merlin l’imposteur

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Voici un pastiche de la série Kaamelott que j’ai pris grand plaisir à réaliser !


3 CORS

1. INT. LABORATOIRE DE MERLIN – JOUR

Elias et Merlin sont face à face et se disputent violemment.

Merlin – Oh, mais cette fois, y en a marre ! Combien de fois je vous ai dit de pas toucher à mes affaires ! C’est quand même pas compliqué, si ?

Elias – Votre crâne de crotale des marais, il était faisandé depuis presque autant de temps que vous, une vraie infection ! Moi, je travaille pas dans un boui-boui d’amateur qui sent la pisse à quatre lieues !

Merlin – Ah, bien sûr ! Môssieur de Kelliwic’h est un enchanteur de premier plan. Môssieur Elias préfère donner des cours pour magicien pré-pubère à tout le gratin en jupons du château, alors la magie odorante, tout de suite, ça fait tâche, ça empêche d’empocher le pactole !

Elias – On vous a demandé le temps qu’il fait vous ? Je fais ce que je veux de mon temps libre.

Merlin – Et moi, si je veux confectionner une décoction pour soulager les rhumatismes pendant mon temps libre, je peux aussi à ce compte-là. Alors foutez la paix à mes crânes de serpents !

Elias – Une décoction pour les rhumatismes ? Ah bah on peut dire que vous faites dans le spectaculaire ! Les saxons vont partir en courant quand ils apprendront la nouvelle !

Merlin – Figurez-vous qu’avec le temps qu’on a eu ces trois derniers mois, la moitié des troupes peut pas mettre un pied devant l’autre sans se plaindre de douleurs ! Ca vous la coupe, hein !

OUVERTURE

2. INT. SALLE DE LA TABLE RONDE – JOUR

Arthur et ses chevaliers sont réunis autour de la table ronde. Père Blaise à son pupitre. Des gardes à l’entrée.

Arthur – Non mais c’est pas possible un truc pareil ! Qu’est-ce que vous avez foutu encore ? (plus calme, au garde) Allez me chercher Merlin.

Léodagan – Oh non, mais il va pas savoir et ça va durer des plombes. Déjà que les réunions de la table ronde c’est interminable, aujourd’hui que c’est calme, on va pas ramener du monde pour faire durer !

En entendant le désaccord, le garde retourne à son poste.

Arthur (désignant Perceval) Et ça, c’est calme ?

La tête de Perceval est posée sur la table ronde, en face du siège de la table ronde habituellement occupé par Perceval, un médaillon brillant autour de son cou. L’ensemble de son corps semble avoir disparu.

Karadoc – Heureusement, c’est la meilleure partie qui reste.

Un blanc, tout le monde se regarde.

Calogrenant – Bon, il vient cet enchanteur ?

Père Blaise – Non, c’est pas réglementaire !

Arthur – Non mais là vous voyez bien que y’a urgence, non ? J’ai une journée de taré, je reçois un chef wisigoth dans deux heures, j’ai pas le temps de faire des réunions séparées !

Père Blaise – C’est pas réglementaire, un point c’est tout. A la table ronde ne sont admis que les chevaliers. On ramène pas tous les traînes-savates du bled ! Et pour ceux que ça intéresse encore, les réunions sont sacrées. Merlin, je suis désolé de le dire, mais c’est quand même un druide, et ça, y’a pas plus païen !

Arthur – Parce que le fait qu’il crapahute dans le château du soir au matin, ça ne vous gêne pas !

Père Blaise – Dans le château tant que vous voulez mais à la table ronde, il y fout pas les pieds !

Karadoc – Un jour, quand on a demandé à Merlin de nous faire un truc, il nous a dit que druide, c’était avant chevalier dans la hiérarchie.

Léodagan – Parce que vous demandez des trucs à Merlin, vous. Vous vous mouchez pas du pied !

Calogrenant – Toute façon, pour ce que ça change.

Perceval – En attendant, si c’est vrai c’t’histoire de hiérarchie, il peut venir assister à la réunion. Parce que j’aimerais bien récupérer mon corps moi. J’ai fait tout le chemin du retour coincé entre deux jambons sans pouvoir y goûter. Comme supplice du Cantal, ça se pose là !

Arthur – Quoi ? Non mais laissez tomber. (Aux gardes) Ramenez-moi Merlin je vous dit.

Père Blaise –  Je vous préviens, s’il se ramène ici, non seulement vous allez mécontenter les dieux mais en plus vous vous trouverez un autre scribe !

Les gardes n’ont pas bougé.

Léodagan – Moi je passe pas encore six mois à chercher un glandu en robe qui sache tenir une plume de canard ! Une fois, pas deux !

Arthur – Ah mais c’est pas vrai ça ! Puisqu’on vous dit que druide c’est au dessus de chevalier ! Au pire, vous avez qu’à le considérer comme un membre d’un clergé concurrent, vous, le chrétien qui parlez de plusieurs dieux. (Arthur s’énerve tout seul.) Et puis au bout d’un moment, c’est qui qui le fait le règlement ? Alors je vais me servir de mon autorité suprême et vous me ramenez Merlin sinon je vous jette au cachot !

Le garde sort précipitamment.

Léodagan – Dites, sans vouloir la ramener, Merlin, dans le genre efficace… Vous êtes sur qu’il pourra y faire quelque chose ?

Arthur (toujours bouillant de colère) Merlin, Merlin ! On lui demande quand même pas grand chose ! En plus, il foire la moitié du temps ! Il a intérêt à savoir y faire quelque chose sinon je le renvoie dans sa cahute avec les loups et pis c’est marre ! Toute façon, c’est Elias qui fait tout le boulot !

Merlin est entré sur ces entre faits.

Calogrenant (désigne Merlin de la tête) En en parlant, des loups !

Arthur – Ah, vous voilà vous ! Vous avez mis le temps !

Merlin – J’ai une potion sur le feu, j’ai dû faire des aménagements pour que ça mijote doucement parce que si ça attache au fond, c’est foutu, faut tout recommencer.

Père Blaise – C’est sûr, vous êtes débordé.

Merlin – Je m’excuse, mais la potion de sommeil, ça met une semaine à infuser !

Arthur – Ah, mais c’est ça que je vois toujours rien venir de la dernière fois où je vous ai demandé de faire quelque chose ! Dites donc, votre potion, faut pas que ça soit pressé !

Merlin – C’est pas de ma faute à moi si l’écorce de noisetier sauvage, ça doit infuser longtemps pour que ce soit efficace. Et on peut savoir pourquoi vous m’avez fait venir ?

Arthur (indique la direction de Perceval) Regardez donc par là.

Merlin – C’est le seigneur Perceval.

Arthur – Et ? Y a rien qui vous choque !

Merlin – Bah si, mais sans savoir ce qui s’est passé, je peux pas y faire grand chose.

Léodagan – Ca, c’est une surprise !

Arthur (à Perceval) Bon, vous, racontez. Et qu’on y passe pas une plombe, hein, tachez de faire clair pour une fois ! (au Père Blaise) Et vous, vous notez tout sans râler !

Le Père Blaise se renfrogne mais prend sa plume.

Perceval – Bah voilà. C’était y’a quoi, bien une semaine, on était à la taverne…

Calogrenant – Pour changer !

Karadoc – Oh bah quand même, on a bien le droit de manger avant de partir en mission. Même que ce jour là, ils venaient de tuer le cochon, je vous dit pas le festin !

Perceval – Mais non, le jour dont je parle, c’est celui où vous avez viré les deux clodos qui étaient sur notre table !

Karadoc – Vous êtes sûr ?

Perceval – Oui, oui ! Même que le vieux il m’a mordu, ça pissait le sang ! Vous vous souvenez pas ?

Arthur – Bref ! Vous passez votre vie à la taverne alors que je vous l’ai formellement interdit. On a saisi l’idée. La suite.

Perceval – Non mais Sire, je vous assure, on y va pas si souvent.

Arthur (Las) La suite, j’ai dit.

Perceval – On mangeait tranquillement et là, y a une vieille qui…

Léodagan – Ah non, pas encore cette histoire de vieux ! Ma parole, c’est une vraie marotte chez vous.

Perceval – Bah non, c’est pas une marotte, c’est une vieille je viens de vous dire. Commencez pas à me couper, on va pas s’en sortir ! Donc la vieille me dit, oui patati, faut aller me chercher mon médaillon, patata, des bandits me l’ont pris. Soit disant que c’est un souvenir de famille, que c’est sentimental.

Karadoc – Bon nous, mettez vous à notre place, on l’envoie chier. On est pas au service de tous les pécores de Bretagne.

Arthur – En fait, si, normalement les chevaliers, ça doit protéger le peuple et faire acte de bravoure pour venir en aide au plus démuni. Surtout s’il y a des bandits et des créatures du mal.

Karadoc – Ah bon ? Si on nous dit pas tout aussi…

Perceval – Non mais Sire, vous inquiétez pas, on y est allé. On a réfléchi et on s’est dit : « Allez, cette fois-ci, on y va et on fait une belle quête comme vous les aimez, histoire que vous soyez un peu fier de nous ».

Arthur – Ha bah, bravo, on peut dire que c’est une réussite ! Et vous allez me faire croire que vous avez combattu des bandits !

Perceval – Ah mais on n’a pas eu besoin. Quand on est arrivé là où on nous a dit qu’on trouverait les bandits, on est tombé sur Venec.

Arthur – Venec ? Mais je croyais qu’il faisait plus bandit, celui-là. On avait passé un accord.

Karadoc – Il s’était peut-être fait voler ? En tout cas, il récupérait des trucs. Il en avait un plein sac.

Léodagan – Je vous ai toujours dit, à force d’être souple, les gens vous prennent pour un con. Fallait en envoyer une dizaine au bûcher, ça aurait fait impression… mais non, vous et vos manies de vouloir être « progressiste ».

Merlin semble s’endormir debout derrière les sièges d’Arthur et Léodagan.

Calogrenant – Non mais moi ce qui me souffle, c’est qu’ils se soient pas paumés en route.

Perceval – Venec, il nous a dit : « Je vous file le collier si vous dites pas à Arthur que vous m’avez vu. »

Un blanc.

Karadoc – Du coup, on a réussi la mission !

Perceval – Ouais sauf que sur le chemin du retour, mon cheval s’est tordu la patte sur un pavé ou une merde dans le genre et en tombant, le médaillon est sorti de ma poche et la pierre s’est fendue. Pour être sûr de pas le perdre, je l’ai mis autour de mon cou. Et voilà.

Karadoc – Pas moyen de retirer le machin. Et c’est pas faute d’avoir essayé. Je l’ai même enduit de graisse de canard pour aider à faire glisser, rien à faire. Pourtant, c’était de la qualité. J’y fais confire du porc d’habitude. Une merveille !

Père Blaise – Dites, on cherche une solution à une tête sans corps ou on tient un stand sur un marché ?

Arthur – Et votre vieille, elle en a dit quoi, de ça ? Elle sait peut être comment on s’en sert du médaillon, si c’est un bijou familial.

Perceval et Karadoc se regardent.

Arthur – Vous lui avez pas demandé ! Non mais je ne sais pas pourquoi je perds mon temps ! Moi je vais parlementer pour tenter de sauver le pays d’une invasion imminente et vous, vous vous démerdez pour arranger le merdier dans lequel vous vous êtes encore fourrés.

Perceval – Mais Sire, partez pas ! Ho !

Arthur est presque à la porte de la salle de la table ronde quand Merlin semble entrer en transe. Il devient lumineux, se voûte, ramène les bras vers lui puis les tend d’un geste vif vers Perceval, ce qui déclenche un afflux de lumière qui frappe la tête de Perceval de plein fouet. Lorsque la lumière s’est dissipée, Perceval est à nouveau entier, assis sur son siège. Le médaillon ne brille plus. Merlin reprend la même posture qu’avant et semble dormir debout. Tous le regardent stupéfait.

Léodagan – Ah ben celle-là, c’est la meilleure !

Perceval pousse un cri de joie. Merlin sursaute et le regarde.

Merlin – Et ben, ça va pas de hurler comme ça ?

Arthur – Non mais faut admettre que c’est stupéfiant. Là, je me sens obligé de vous féliciter.

Merlin – Me féliciter ? Moi, mais j’ai encore rien fait !

Arthur – Ne vous foutez pas de moi ! La lumière blanche, elle est pas sortie toute seule.

Merlin – Mais enfin de quoi vous parlez ! C’est le seigneur Perceval qui vient de me réveiller à hurler comme un loup un soir de pleine lune. Avec tous vos blabla, je me suis assoupi. J’ai dû passer un peu trop de temps au dessus des vapeurs de potion de sommeil.

Arthur – Je me disais bien aussi que c’était louche que vous arriviez à faire un truc du premier coup. Par contre, à partir de maintenant, vous serez gentil de vous enfermer à double tour quand vous dormez, parce que, là, on a eu de la chance que ça tombe sur le bon sort, mais j’ai pas envie que vous cramiez la moitié de la baraque parce que vous faites du somnambulisme.

Merlin – En attendant, je vous l’ai rafistolé ou pas ? Alors arrêtez de dire que je suis capable de rien faire. D’ailleurs, Sire, je pense que pour votre potion, ça doit être prêt.

FERMETURE

3. INT. LABORATOIRE DE MERLIN – JOUR

Merlin est au dessus du chaudron de potion de sommeil et remue l’intérieur. Elias est dans le fond du labo et travaille.

Merlin (bas) Cette fois, c’est pas passé loin. A force de faire exprès de passer pour un gland, je vais finir par me faire virer.

Elias (over) Qu’est-ce qu’il vous voulait, Arthur ?

Merlin – Rien qui vous concerne.

Elias (over) Justement, si vous avez foiré, c’est à moi qu’on demande. Alors ça me concerne. Et comme vous réussissez pas grand chose…

Merlin – Il voulait savoir où en était sa potion de sommeil.

NOIR

Merlin (bas) Ce qu’il faut pas faire pour avoir du temps libre.

 

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