Ewillane

Jouez la carte de l'imagination !

Au milieu de la plaine enneigée…

0

Au milieu de la plaine enneigée, il marchait, seul. Il marchait depuis longtemps, si longtemps que rien n’existait plus autour de lui que cette plaine enneigée. L’espace blanc qui l’entourait était le reflet de sa conscience. La lumière blafarde de ce matin d’hiver posait sur toute chose sa caresse guerrière. Et tout devenait cru, désert, infini. Pourtant, il se sentait enfin en communion. Avec quoi, il n’aurait su le dire mais il n’était plus seul comme lorsqu’il marchait dans la ville, où tous ces passants le regardaient à peine, trop occupés à courir à droite, à gauche, à rire, à vivre enfin ; lui qui ne vivait plus depuis longtemps. Ce tourbillon d’êtres humains grouillant vers des buts dérisoires lui laissait un sentiment d’amertume puissant, lui causait un vertige qu’il ne pouvait exprimer qu’ici, au milieu de ce vide immense. Se sentir chez soi, quelque part… n’importe où. Etre quelqu’un c’est se sentir vivant, être vivant. Il n’était personne.

Comment tout cela avait-il commencé ? Il s’en souvenait à peine. Il lui semblait avoir été ainsi de toute éternité : un être sans âge, sans rêve et sans but dont la seule trace d’humanité résidait dans ce flot ininterrompu de pensées, d’impressions. Mais des sentiments, cela faisait longtemps qu’il n’en avait plus. Il les avait remplacés par cette symbiose naturelle qui laissait des traces moins profondes. Des traces… comme celles de ces pas qui s’éloignaient doucement et qui n’imprimaient déjà plus leur cadences syncopées que partiellement. Voilà ce qu’il était : une ombre qui s’efface au moindre souffle de vent, nue sur ce paysage enneigé. Il grelottait de peur et de rage. La force qui l’avait poussée à marcher le tenait toujours. Invisible. Aux aguets. Prête à tout moment à reprendre possession de lui.

Une goutte de sang tombe et se cristallise à la surface de la mer de neige en un pétale corollé de larmes. «C’est dans le sang que se gravent les souvenirs». Il se fige de terreur sous la coupe du souvenir. Il est là ; il est proche… Il est à l’aube du déferlement de la mémoire et pourtant il goutte encore le délice du néant. La phrase roule dans sa tête et se polit pour prendre forme, peu à peu. Une esquisse, une ombre, une petite maison au milieu de nulle part. Une goutte de sang tombe à terre et disparaît lentement. Cette terre, que tous disent nourricière, est en train de le boire, de lui voler sa vie, d’absorber son être. Lui il sait bien qu’elle fauche les hommes, qu’elle les réduit en esclavage et les fait succomber sous le poids du vent. La mère est carnassière et c’est du sang de ses enfants qu’elle veut s’enivrer ce soir. Et tous les autres soirs après celui là.

Mais lui, il sait. Il est fort. Il peut lutter. Il doit lutter. Elle ne le prendra pas.

A partager :
  • Twitter
  • Print

Alors, qu'est-ce que vous en avez pensé ?


  • + 4 = six