Ewillane

Jouez la carte de l'imagination !

Mythologie Turne

0

Prémices socio-ethno-anthropologiques

Alors que je commençais à travailler sur Leelh et sur les clans, j’ai essayé de ressortir des éléments de sociologie, d’ethnologie ou d’anthropologie en ma possession et de faire des recherches sur les peuples primitifs et leur organisation sociale, leur façon d’appréhender le monde. J’ai eu l’occasion de faire quelques lectures intéressantes parmi lesquelles le Traité de Sociologie primitive de Robert Lowie, quelques ouvrages de Lévi-Strauss et curieusement Tabou et Totem de Freud, qui s’est avéré très intéressant dans sa seconde partie.

Pour moi, Leelh avait été créé sur la chute de la civilisation et bien sûr, l’impact sociologique était énorme. Comment reconstruit-on une société ?

J’ai eu deux réponses à cette question, basées et extrapolées de mes lectures : on mime ce que l’on croit connaître de la société, ce qui nous donne les Emnus — même si c’est un peu caricatural puisque j’ai gardé des éléments claniques forts — ou bien l’on revient à des systèmes claniques, presque de meute, comme l’étaient les anciennes sociétés tribales. Car avec la chute de la société, c’est tout un pan de savoir qui s’écroule. Il n’y a plus d’électricité, plus de machine, plus rien d’autre que soi-même. Il faut donc redécouvrir des savoir ancestraux qui avaient disparus pour être remplacés par de nouvelles techniques, de nouvelles versions de ce même savoir. Par exemple, en ce qui concerne l’agriculture, qui sait encore faire une récolte à la main puisque nous avons des machines ? Pourtant, en 2087, c’est bien ce genre de choses qu’il faudra recommencer à penser.

Or, ce sont les modèles dit primitifs qui fonctionnent le mieux dans une situation de vie semi-sauvage. D’autant plus que les Turnes semblent être un peuple émergent qui doit se construire une identité clanique autour d’un fait simple : ils ont changé. Ils ont même en leur possession une langue dont personne ne connaît l’origine.

J’ai donc tout naturellement pensé à leur construire une forte propension à croire en quelque chose de supérieur. Leur changement ne peut pas être autre chose que la manifestation d’une divinité. Basée socialement sur des peuples amérindiens, j’ai donné aux Turnes une mythologie qui puise sa source dans l’ensemble des mythologies antiques, de la Grèce à l’Egypte, de l’Inde aux pays nordiques et de la forêt tropicale aux peuplades indiennes d’Amérique.

En voici la substance.

 

Mythologie Turne

Panthéon des divinités Turnes

De tous temps fut Erset, la Terre. Immuable et éternelle, elle vécut tous les âges jusqu’à l’apparition de Mahar, une entité consciente qui autoproclama son règne sur Erset puis s’éleva seule au rang de divinité. Erset n’était alors qu’une alliance entre monde minéral et aqueux, engluée dans une torpeur sans fin que l’apparition de Mahar ne parvint pas à dissiper. Erset se désintéressait de cet être nouveau car elle avait été, elle était et elle serait encore ; Mahar n’était qu’un point dans l’existence d’Erset. Mahar parcourut Erset et en découvrit chaque repli. L’idée lui vint de créer son premier enfant : Siken. (Certaines versions Turnes considèrent que Siken a été engendrée par Mahar et Erset.)

Siken était la vie pure. Elle bouillonnait d’énergie et commença à recouvrir Erset de ses enfants. C’est ainsi qu’Erset se para de végétaux et se vit fouler par des espèces mouvantes. Siken créa avec une frénésie telle qu’elle ne prit pas garde à détacher correctement ses enfants de son essence. Chacune de ses créatures était encore reliée à elle et elle ressentait le moindre état de chacune d’entre elles. Elle se mit à choyer ses enfants afin qu’aucun ne souffre et ne la fasse souffrir dans le même temps. Cette protection permit à Siken de gagner en force, car si elle s’affaiblissait sous le coup des souffrances de ses enfants, leur croissance avait sur elle un bienfait incommensurable.

Les enfants de Siken grandissaient dans le sein d’Erset et cette dernière s’était adoucie au point qu’elle ne désirait pas recouvrer son état originel. Elle dispensait ses bienfaits aux enfants de Siken avec générosité jusqu’à ce qu’elle, Siken, la faune et la flore deviennent un tout d‘une grande harmonie. Mahar ne faisait pas partie de ce tout, si bien que, s’il avait d’abord chéri sa fille avec tout l’amour du créateur, il concevait à présent de la haine pour celle qu’il considérait comme son usurpatrice. Mahar craignait de perdre son ascendance sur toute chose. Or, il n’était pour rien dans ce flot de vie et ce cycle nouveau. Siken et Erset semblaient le détrôner. C’est ainsi qu’il décida de concevoir de nouveaux enfants, mortels cette fois. Ils infiltreraient pour lui le vaste cosmos de Siken et en prendraient le contrôle. Si ces enfants parvenaient à faire ployer sous leur joug les enfants de Siken, alors il serait de nouveau maitre. Mahar prit son temps pour concevoir les créatures parfaites pour l’accomplissement de ses plans. Lui n’oublierait pas de s’en détacher complètement afin de ne pas être affaibli par chaque difficulté que ses créatures rencontreraient.

C’est ainsi que naquirent les hommes. Mahar fut fier de les voir se glisser dans l’essence de Siken sans en faire intrinsèquement partie. Il sut qu’il allait réussir. Mahar choya les hommes avec force au point qu’il les nomma les Maharlaksèn, ses enfants. Au début, les hommes s’intégrèrent à leur environnement de manière relativement harmonieuse. Bien sûr, ils causèrent quelques dommages à Siken en se nourrissant de ses enfants mais Siken n’en éprouva pas plus de gène que lorsque ses enfants se dévoraient entre eux. Telle était leur nature. Mais très vite, la graine de la grandeur germa dans le cœur des hommes et les premières luttes apparurent. Ils déclarèrent leurs des morceaux de terre dont eux seuls voyaient les frontières et les enfants de Siken commencèrent à être tués à d’autres fins que la satiété.

Le troupeau des hommes crut à une vitesse folle et Mahar se délectait de sa réussite. Toutefois, il voulut achever d’imposer sa suprématie et enfanta Fal’ob. Cette divinité masculine fut engendrée afin d’aider les hommes à accomplir leur destinée : conquérir Erset aux dépens de Siken. Fal’ob montra aux hommes comment bâtir les premiers abris ou comment stocker la nourriture pour les périodes froides. Il divisa les hommes et les organisa selon son bon vouloir. Il leur inventa la monnaie et l’écriture pour qu’ils puissent commercer et développer leurs peuples. Il leur imposa le culte de Mahar. Enfin, il les guida sur le chemin des sciences et de l’évolution. Car Fal’ob était la civilisation.

Fal’ob était capricieux et belliqueux envers Siken, qu’il jugeait trop mijaurée pour les rêves de grandeur de Mahar. Il lui reprochait son émancipation, lui qui était tellement dévoué à son créateur. Siken fut chaque fois un peu plus violemment atteinte par les coups que Fal’ob lui portait en développant les hommes. Bientôt, elle fut moribonde, acculée dans une infime partie d’Erset pendant que les hommes piétinaient tout ce qu’elle avait fécondé, tout ce qui était elle. Siken eu peur de se voir totalement anéantie et conçut de Mahar, bien qu’à son insu, une entité qui puisse l’aider à combattre Fal’ob et son père. Siken fit doucement germer son enfant dans le sein de Erset, à l’insu de ses persécuteurs. Elle la nourrit de sa rancœur, de ses souffrances et de sa colère.

Les Maharlaksèn ne pouvaient vivre sans Siken, pourtant ils la détruisaient et Siken faisait germer une graine de destruction nourrie de sa colère. Erset sut que la vie allait s’éteindre et que les deux camps s’autodétruiraient bientôt. Elle décida de sauver Siken et expulsa de son sein l’enfant caché avant qu’il ne soit trop plein de haine et ne cause la perte de tout. Il était inconcevable pour Erset de retourner à la solitude après avoir pratiquement fusionné avec Siken. Erset força l’éclosion de celle qui deviendra Laku. 

Lakuhal. Le jour de l’éclosion de Laku. Toute la haine, la colère et la rancœur qui l’ont abreuvée se déchaînèrent et provoquèrent un cataclysme sans précédent qui anéantit Mahar, Fal’ob et une grande partie des Maharlaksèn, laissant les derniers d’entre eux dans une souffrance terrible et un dénuement presque total. La naissance de Laku déchaîna une pluie de feu, éteinte par un soulèvement de sable, elle fendit Erset et la disloqua dans un grondement sourd. Erset trembla et se plaignit sous la violence de la déchirure.

Ça y était, Laku était éclose et toute l’énergie que sa naissance avait nécessité l’avait laissée exsangue. Laku s’endormit dans une torpeur glacée, épuisée. Le chaos régnait sur Erset. Les derniers Maharlaksèn erraient à la recherche de moyens pour survivre. Siken s’est alors rendue compte de l’ampleur de sa faute. L’équilibre depuis longtemps rompu n’était pas reparu. Erset partait à la dérive et Siken se sentait irrémédiablement happée par le chaos général. Elle implora Laku de sortir de son sommeil et de prendre la place laissée vacante par Mahar avant que tout ne s’effondre.

Laku s’éveilla lentement aux sons des suppliques de Siken. Elle vit ce qu’elle avait involontairement causé. Elle avait été rendue aussi tyrannique que son père Mahar, par la colère et la souffrance de sa génitrice. Il lui fallait accomplir beaucoup pour panser les plaies béantes d’Erset et enfin trouver l’harmonie. Son premier acte fut de transformer Siken. Laku la libéra de ses anciennes chaînes encore présentes malgré la disparition du tyran. Ce fut le Ew’k. Siken devint alors Zapp’siken : la Nature libérée. Ainsi transformée, Zapp’siken retrouva une partie de son lustre d’antan, avant la naissance des Maharlaksèn. Malgré tout, les années de souffrance avait laissé dans son essence une cicatrice. La liberté se mua en sauvagerie. Zapp’siken voulut devenir véritablement indomptable quelles que fussent les créatures qui eussent voulu la jeter à bas. Elle enfanta alors une horde de créatures carnassières et dangereuses qui arpentent aujourd’hui encore les terres d’Erset.

Dans le même temps, Laku a voulu effacer définitivement toute trace de l’influence de Mahar en transformant à leur tour les Maharlaksèn. Elle étendit sa main pour leur insuffler une partie de son essence et les éveiller à sa grandeur. Elle provoqua A Nashu (l’éveil) et transforma les hommes en Nashèn, les Éveillés. Malheureusement, au moment de sa chute, Mahar avait voulu sauver ses enfants chéris dans un ultime souffle. Très affaibli, il n’avait réussi à apposer sa marque protectrice que sur une infime partie de ses enfants. A Nashu ne sut briser cette barrière, si bien que quelques Maharlaksèn restèrent endormis dans leur croyance. Aux yeux des Nashèn, ces êtres devinrent les Emnus, ceux qui n’ont pas changé, qui n’ont pas entendu l’appel de Laku. Ils continuent inlassablement de vénérer Mahar et tentent de le faire renaitre à tout prix. Toujours détenteurs de la noirceur de leur père, ils persécutent les Nashèn comme Mahar avait persécuté Siken. La menace oppressante du retour de Mahar, que la vénération des Emnus laissait entrevoir, incita Laku à confier à son peuple la délicate mission de se défendre coûte que coûte contre le tyran et sa descendance.

Devant les persécutions que subissaient ses enfants, Laku fit appel à Zapp’siken pour créer un dieu guerrier. Ainsi naquit Dha, la Nuit féroce. Dha s’avéra sauvage, brutal et plus enclin à protéger les enfants de Zapp’siken que ceux de Laku. Lorsque Dha entonnait son chant, les créatures de Zapp’siken entraient dans une transe guerrière qui les rendait plus redoutables que jamais. Bientôt, le désir d’avoir ses propres enfants prit Dha. Zapp’siken et Laku le laissèrent faire, certaines que ces enfants seraient des protecteurs efficaces. Dha engendra les Hyrions, sortes de géants incontrôlables, qui ne s’éveillent qu’au chant lancinant de leur père. Alors, ils se lèvent et marchent vers les mortels de cette terre. Ils punirent les Emnus pour les erreurs de leur père et cherchèrent à rétablir l’œuvre de Laku : la disparition de toute trace de Mahar. Mais les Hyrions attaquèrent également les Nashèn, qui y virent un rappel de la toute puissance de leurs protecteurs et un avertissement à rester humbles devant eux, car ils n’étaient plus les créatures les plus importantes de l’univers comme sous l’égide de Mahar.

L’apparition de Dha eut une conséquence inattendue. Les Nashèn, bénis par Laku, commencèrent à appréhender le Dieu protecteur de manière différente. Une partie le craignait respectueusement et le voyait comme le bras protecteur de Laku, les autres voyaient en lui une manière de devenir plus proches de Zapp’siken et de sa sauvagerie. Ils se sont mis à lui vouer un culte fanatique. Devenus des sauvages innommables, se repaissant de chair humaine et prenant plaisir à la torture, les Nashèn de Dha ont commencé à se réfugier dans les profondeurs obscures afin d’être toujours en union avec leur Dieu. Ils devinrent les Inouts.

Du côté des Nashèn, des nouveaux-nés commencèrent à voir le jour. Ils étaient déjà transformés par Laku, il n’y aurait pas d’A Nashu pour eux. Les Nashèn les baptisèrent les Ekyj, les jeunes pousses. Les années passèrent et les Nashèn furent de plus en plus révérés pour ce qu’ils étaient : les enfants directs de Laku, ceux qu’elle avait éveillé et avec qui elle avait partagé ses songes.

 

Le calque de la réalité

La mythologie Turne est une façon d’interpréter ce qui s’est passé avec l’avènement du cataclysme, le changement des Turnes etc. Toutefois, comme toute interprétation, rien ne permet au joueur d’affirmer que ce qui est décrit est la transcription exacte de la réalité, du secret qu’ils cherchent à percer.

Par ailleurs, cette mythologie propose une très grande cohérence avec le gameplay imposé par Sacha. Par exemple, il était prévu que les monstres soient beaucoup plus virulents la nuit, ce que la divinité Dha retranscrit fidèlement. Dans le même registre, Sacha souhaitait faire des monstres « élites » qui n’attaqueraient que la nuit et qui soient d’une taille colossale. Les Hyrions trouvent tout naturellement leur place dans la mythologie.

Bien sûr, la mythologie est en réalité une cosmogonie car, dans toutes les civilisations connues, la religion commence par une explication de la genèse du monde. Il s’agit de répondre aux questions fondamentales de l’origine et de la place de l’homme dans son univers. Ici, elle sert de base à une religion et à une organisation clanique, que nous verrons dans un prochain article.

 

© Réalisé à 3Dduo. L’ensemble des éléments de la mythologie appartient à 3Dduo. 

Voir les autres articles de la catégorie Leelh.

 

A partager :
  • Twitter
  • Print

Alors, qu'est-ce que vous en avez pensé ?


  • × 5 = quarante cinq