Ewillane

Jouez la carte de l'imagination !

Incursion scénaristique dans Leelh

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Lorsque j’ai rejoint l’équipe de Leelh, la production s’axait autour de la « zone E ». Le jeu était en effet découpé en zones de A à J, provisoirement nommées par lettre. L’équipe commençait par la zone E pour se rôder, laissant ainsi les zones de début et donc d’accroche du joueur pour le moment où la chaîne de production serait bien huilée. La zone E comporte une partie de Villeneuve d’Ascq : l’hôtel de ville, le forum des Sciences, le centre commercial V2, l’université Lille 3 et les stations de métro.

Zone E, artworks des sous zones

Le level design général de la zone était déjà en place : Sacha Stepanian avait décidé des différents bâtiments et lieux importants, appelés « lieux-dits », que contiendrait la zone, ainsi que des instances. Pour mémoire, ami non-gamer, une instance est un endroit clos spécifique, de niveau plus élevé que l’environnement général de la zone, dans lequel il est impératif de se déplacer en groupe. La seule raison d’aller dans ce genre d’endroits où la mort vous attend au tournant, c’est bien entendu l’appât du gain puisque l’instance renferme des ressources et des équipements rares. On y trouve les classiques Boss, gros vilains super durs à battre mais gardant le super gros tas de bouffe ou le super morceau d’équipement dont vous rêviez, et des trash mobs (monstres plus nombreux mais de niveaux bien inférieurs), parce que il faut bien meubler entre deux boss.

Des descriptions sommaires avaient été faites de chacun des lieux-dits et instances. Sacha m’a demandé de faire une description plus détaillée de l’histoire de certain lieux dits. Les consignes étaient d’expliquer la véritable histoire du lieu avant, pendant ou après le cataclysme puis de sélectionner quelles informations pourraient être données en pâture aux joueurs.

A l’époque, j’avais trouvé l’exercice assez difficile, d’autant que j’avais intégré l’entreprise depuis peu et que je jonglais entre serious game, communication et désormais Leelh. Ce qui m’avait semblé compliqué, c’est qu’il fallait écrire quelque chose de cohérent avec l’histoire en place, alors que je ne la connaissais que superficiellement et qu’elle contenait encore beaucoup de zones d’ombre. Il ne fallait en aucun cas que ce que j’écrive fasse rustine. Il a donc fallu que je m’approprie l’histoire en place, que je l’ingère en quelque sorte, et que je recrache quelque chose qui paraisse faire partie de cette histoire sans qu’on colle ma patte dessus. Par ailleurs, Sacha avait des exigences particulières pour certains endroits.

J’ai donc commencé à écrire l’histoire de certains lieux-dits, ce qui m’a parfois demandé des approfondissements. En effet, il y avait un centre de tri dans les lieux-dits et, ne connaissant pas bien leur fonctionnement, j’ai dû faire quelques petites recherches avant de me lancer. J’ai également cherché à former des liens entre les lieux. Par exemple, des animaux s’étaient échappés du zoo, notamment des hyènes, qui étaient des monstres de zone. J’ai tenté de leur faire suivre un parcours jusqu’à leur tanière. Je débutais dans Leelh, mais j’avais compris que les zones ne devaient pas être un patchwork d’éléments distincts mais qu’il devait y avoir un réseau d’interactions qui permette de véritablement définir la zone en tant que telle.

Lorsque j’ai eu l’occasion de travailler plus tard sur d’autres zones en tant que scénariste officielle, depuis le début de la création, c’est quelque chose que j’ai toujours cherché à reproduire.

 

 

Voici un texte réalisé pour le lieu-dit de la bibliothèque universitaire de Lille 3 :

Description visuelle :

La bibliothèque a été reconstruite en 2050 en même temps que l’université de Lille 3. Elle est aujourd’hui (2087) infestée par une colonie de fourmis mais a gardé une somme d’information et de savoir plutôt intacte. Elle possède un très haut plafond. Ce point d’intérêt devra être contrôlé et surveillé par des gardes de votre campements pour en faire profiter votre communauté. L’intérieur ressemble à une fourmilière avec des larves au sol et des fourmis pot-de-miel au plafond.

 

Histoire réelle :

Fourmis pot de miel

Les fourmis pot-de-miel (ou fourmis à miel) sont des fourmis vivant dans les régions sèches généralement d’Amérique du Nord. Le Zoo de Villeneuve d’Ascq se servait de certains spécimens pour tester les réactions du virus, qui n’aurait pas dû les atteindre. Mais voilà, elles mutèrent et se mirent à collecter le sang à la place de la sève des plantes. D’abord du sang d’animaux, de plus en plus gros ; et un jour, ce fut au tour de l’homme.  Elles gardent les spécificités de leurs colonies : les ouvrières restent dans le nid et servent littéralement de réservoirs vivants accrochés au plafond. Elles ont établi leur quartier général dans la bibliothèque de Lille 3. La reine a élu domicile dans le magasin.

Pendant 27 ans, les fourmis se sont nourries de grandes quantités de sang. Outre la quantité faramineuse de nutriments qu’elles ont absorbés en décimant des centaines d’humains, elles ont surtout ingéré une très grande quantité de sang contaminé. La liaison des deux facteurs a contribué à l’achèvement de la mutation des fourmis : celles-ci, désormais de la taille d’un humain, sont de redoutables adversaires.  Car si les fourmis pot-de-miel d’avant le cataclysme absorbaient une grande quantité de miel et servaient de réservoirs vivants pour leurs soeurs, la raréfaction de leur source de nourriture (les humains, entre autres), causée par le cataclysme les a poussées à mettre en place un second moyen de stockage. En effet, lorsqu’un humain imprudent vient à passer dans les environs de leur colonie, les gardiennes le capturent. Elles le gardent « frais » quelques jours, pendant lesquels l’humain est sous surveillance. Passé ce délai, l’homme est conservé en semi-hibernation dans une sorte de cocon. L’humain peut alors être consommé à n’importe quel moment.

 

Histoire à découvrir par le joueur :

Les fourmis ont envahi chaque recoin de la bibliothèque. Parfois, des cadavres de survivants capturés par les fourmis puis vidés de leur sang reposent sur le sol. A côté de l’un d’eux, un livre. A l’intérieur, dans les marges et entre les lignes, le journal d’un des humains capturés raconte les derniers jours de celui qui n’est plus.

Jour 1 : Au secours. Aidez moi. Je suis retenu dans la bibliothèque. Faites quelque chose par pitié. Armez vous et venez me sauvez, je vous en prie. Je vous aiderai. Je connais quelques trucs. Pitié. 

Jour 2 : Jamais je n’aurais dû passer par là ! Pourquoi a-t-il fallu que je veuille rejoindre cet endroit maudit pour m’en faire un abri ? Des monstres, ce sont des monstres. Je ne comprends pas, ça n’existe pas les fourmis de cette taille. Et leur couleur rouge immonde ! Pitié, que quelqu’un me sorte de là ! 

Jour 5 : Je pensais pouvoir jeter ce journal afin d’être secouru mais l’idée m’a désertée maintenant que j’ai vu les autres. Des cocons d’hommes prisonniers et des cadavres. « On ne peut pas leur échapper », c’est ce qu’a dit l’un des hommes encore en vie. Cela fait trois semaines qu’il est ici. Et c’est la seule chose qu’il répète sans cesse. 

Jour 6 : Il n’était pas fou. Il avait peur. Comme moi maintenant que je les ai vues enrouler ce survivant qui ne l’est plus vraiment dans cette espèce de cocon. Est-ce que je finirai comme ça ? Je dois trouver un moyen de sortir.

Jour 7 : Ça y est, j’ai un plan. Je dois attendre le meilleur moment. Si tu me dénonce, espèce de bouquin miteux, je te crame. Si seulement j’avais du feu ou une couverture. J’ai froid. Je dois partir. Je vais partir. Silence ! Espèce de bouquin miteux ! 

 Jour 11 : On ne peut pas leur échapper. 

On ne peut pas leur échapper. 

On ne peut…

Bibliothèque universitaire Lille 3

© Réalisé à 3Dduo. L’ensemble des éléments graphiques appartient à 3Dduo. 

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